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  L’Indépendant
Roue libre 3ème mandat : ATT, les raisons de la colère

Achille, roi des Myrmidons, fils de Thétis et de Pelée et personnage principal de "l’Iliade" d’Homère. A la tête de cette peuplade de Thessalie, il prit une part active à la guerre de Troie. En route vers Ilion dont le siège dura dix ans, l’expédition grecque, dirigée par Agamemnon, roi d’Argos, fit de belles prises de guerre. Par malheur, le chef des Achéens avait pour la dulcinée d’Achille des yeux de Chimène et il n’hésita pas à la lui ravir. Le chef des Myrmidons entra alors dans une colère noire plus connue désormais dans l’histoire comme "la colère d’Achille". En effet, n’eût été la ruse d’Ulysse qui recolla les morceaux, celui-ci avait menacé de rebrousser chemin avec ses troupes et de ne pas participer au siège de la cité forteresse.

Héros invulnérable sauf au talon, Achille était considéré comme un demi-dieu. Il venait pourtant de succomber à l’émotion et à la colère comme un simple mortel. Le poète tragique français Pierre Corneille a brillamment illustré la triste condition de ceux qui nous gouvernent en disant que "quelque grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes", Corneille précisera même en mettant noir sur blanc que "plus grand est l’offenseur, plus grande est l’offense".

Perché sur la colline du pouvoir, ATT, tout comme Achille et Agamemnon, est aussi sujet d’émotion. Le président Amadou Toumani Touré, d’habitude plus porté à massacrer les Coulibaly qu’à faire la guerre, sort rarement de ses gonds. Pourtant, cette fois-ci, il commence sérieusement à en avoir ras-le-bol.

Les raisons de sa colère, ce sont les spéculations outrancières à propos de son éventuel troisième mandat. Et il a tenu à le dire clairement, dimanche 28 février, à nos confrères de "Africa 24" : "ça me fait mal qu’on doute de moi. Ça me fait mal que certains n’ont d’autres points que de me demander si je quitte. Ça me fait mal qu’on ne me fasse pas confiance".

En effet, depuis le 8 juin 2008 où il a déclaré à Koulouba, lors de la fête du trône, qu’il va se retirer du pouvoir en 2012, ATT prêche dans le désert. A cela, pourtant, il y a des raisons même subjectives pendant que les mauvaises langues s’en donnent à cœur joie. Certains disent que pendant la Transition il avait déclaré que "seul un fou accepterait de diriger le Mali" pour chercher aussitôt à mieux s’installer au pouvoir en 2002.

Une première suspicion est venue de la création de la Commission Daba Diawara chargée de faire des recommandations pour l’amélioration du processus démocratique au Mali, même si cette Commission n’a pas touché à l’article 30 de la Constitution. Mieux ou pire, une seconde suspicion naquit de la volonté du président de procéder à une révision de la Constitution mais dans quel sens ?

Personne n’a cherché à comprendre. Et on se dit : "Tiens, voilà quelqu’un qui ne veut pas du poisson mais qui rode toujours autour du marigot". A ces élucubrations est venu s’ajouter le mauvais exemple nigérien. Et on se dit encore : "ATT cherche à ruser, à finasser, à gagner du temps comme Tandja". Surtout que plusieurs autres chefs d’État africains (autant de monarques absolus) ont violé leur loi fondamentale. Sans coup férir.

Quoi qu’il en soi, ce débat restera éternel jusqu’en 2012. Tout simplement parce que l’adage bamanan dit que la parole d’un glouton ne fait pas acte de foi lors du dépeçage du gigot.

Ou mieux encore, même si tu montres tes tripes à ton pire ennemi, il dira que ce ne sont pas les tiennes mais bien celles d’un autre. Mais, diantre, pourquoi douter de la promesse d’un homme sincère, un grand patriote parmi les patriotes et qui, au demeurant, veut sortir par la grande porte de l’histoire ?

A tous ces boutefeux, on peut rétorquer qu’ATT a prouvé dans le passé qu’il sait aussi partir. C’est sous l’effet des circonstances qu’il a accepté une prolongation de la Transition en 1992. N’est-il pas aussi l’artisan de la limitation du mandat présidentiel à deux ?

Un signe qui ne trompe pas, l’an dernier, lorsque le maire zélé d’Ourikila (Kolokani) avait souhaité un troisième mandat pour ATT, celui-ci a failli bondir de sa chaise pour lui clouer le bec. Pour tout dire, l’hôte de Koulouba est gagné par l’usure du pouvoir qui, tour à tour, enivre et grise celui qui l’exerce.

L’homme du 26 mars aspire au repos du guerrier pour aller à Mopti cultiver son champ, prier à la mosquée de Komoguel, regarder tranquillement les matchs du Barça et s’occuper, comme il le dit lui-même, de ses petits-enfants.

On appelle ça reprendre une vie normale même si l’argent coule toujours à flot. Cependant, pour paraphraser feu le président guinéen Lassana Conté, ceux qui aspirent prendre sa place et qui le poussent dans le dos, doivent attendre leur tour car "Dieu donne le pouvoir à qui il veut". Très curieusement, ces vautours se recrutent principalement parmi ses vrais faux amis d’aujourd’hui.

Mamadou Lamine DOUMBIA

10 Mars 2010.

 

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